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  • Photo du rédacteurAudrey Guiard

Les dérives du tourisme au Kenya : en être conscient et diffuser les bonnes pratiques

Voici une scène datant d'octobre 2022, qui illustre parfaitement tout ce qu'il ne faut pas faire en safari : dérangement et hors-piste sur fond de tourisme de masse. Monter le son !


Ø DÉRANGEMENT

Bruits de moteur, de klaxon, les gens qui parlent fort,... Vous l'aurez compris, vu et entendu, tout cela génère du stress chez les guépards, des animaux en voie de disparition. Ils ne sont plus que 7000 environ dans toute l'Afrique et on en compte environ un millier au Kenya et en Tanzanie. Seul 1/3 des petits atteignent l'âge adulte.


Le guépard est un animal fragile, il n'est pas charognard pour un sou et ne survit uniquement grâce à ce qu'il chasse. Facilement intimidé, il ne chasse que le jour pour éviter de rencontrer lions et léopards, prédateurs nocturnes, et donc de risquer de se faire voler sa proie. La vie de guépard n'est donc pas facile. Malheureusement, il arrive très souvent que les 4x4 gênent la chasse du guépard, qui se solde par un échec. L'animal n'a donc rien à manger ou n'a rien à ramener à ses petits. Dans cette vidéo, si la proie s'échappe, les deux guépards n'ont aucune chance de la rattraper, entourés de véhicules qui leur barrent le chemin. En février 2023, un véhicule s'est approché si près d'une famille de guépards qu'il a failli écraser l'un des petits. Le dérangement peut aller donc aller très loin...


A savoir ! Certaines agences de safaris, notamment en Tanzanie, équipent leurs véhicules de haut-parleurs. Lorsque les clients en safaris tombent sur un lion endormi, le guide diffusent des bruits de hyènes pour le réveiller. Pire qu'au zoo !



Ø HORS PISTE

Pour voir un animal de plus près, on demande à faire du hors-piste. Il faut savoir que le hors-piste n'est pas autorisé dans les zones de haute fréquentation dans la réserve du Masai Mara (c'est-à-dire dans la zone où se trouvent les lodges mais aussi le long des rivières Mara et Talek).

Mais le hors-piste est malheureusement quotidien dans le Masai Mara...

Les ''bouchons'' créés par les véhicules de tourisme le long des rivières engendrent un changement de comportement des herbivores (gnous et zèbres), principaux acteurs du fameux ''crossing'' de la rivière Mara, qui doivent alors aller à l'encontre de leur instinct et trouver un autre endroit pour traverser, endroit qui comporte davantage de risque pour leur survie (s'ils voulaient traverser là, c'est qu'ils avaient une bonne raison - le mystère du 6e sens). Cela modifie les couloirs de migration des animaux.


Dans le triangle de la Mara, le hors-piste peut être autorisé sous certaines conditions (pour les tournages de documentaires par exemple mais il faut en faire une demande au préalable et régler des frais de tournage).


Le hors-piste dans la Masai Mara est très courant car il répond à 2 demandes : celle des voyageurs qui veulent se rapprocher au maximum des animaux pour faire de belles photos et celle du guide qui ne veut pas aller à l'encontre des clients et avoir un bon pourboire à la fin séjour.

Lionne encerclée de véhicules


On en vient au problème de la photo de safari. Là aussi, il y a 2 cas : il y a d'un côté les voyageurs mal équipés pour faire de la photo (smartphones) et qui demandent à se rapprocher des animaux. De l'autre côté, il y a les photographes amateurs ou professionnels, équipés de très gros objectifs mais qui demandent tout de même à se rapprocher des animaux pour faire des photos d'encore plus près, avec les détails des poils, des moustaches, des coussinets,...

Que ce soit en France pour le brame du cerf ou en Afrique devant une famille de lions, les photographes n’ont pas de mauvaises intentions. Le problème vient du fait que la plupart des personnes n’ont pas conscience qu’elles dérangent, même si en apparence l’animal est tranquille. La ''photo parfaite'' est motivée par la recherche de reconnaissance et par l’envie de remporter des concours photos, grâce à des images toujours plus techniques et spectaculaires. À cette fin, l’éthique est parfois reléguée au second rang et l'approche naturaliste ou tout simplement la contemplation passent après la gloire et l'égo.


Pire, certains pratiquent la pourchasse en véhicule : une fois que l'animal est repéré, ils le suivent et le traquent jusqu'à épuisement. Lorsque l'animal ne bouge plus, ils s'en vont, laissant l'animal assoiffé, affamé ou pire. Une photo vaut t-elle que le sujet y perde la vie ?


Ci-dessous la charte de la photo animalière créée par l'Ifaw et Tamron (marque d'appareil photo).


Les personnes qui demandent à faire du hors-piste pour faire de belles photos n'ont pas conscience que cela a un impact direct sur le déplacement des animaux et sur l'équilibre de leurs territoires.

Simple voyageur ou photographe animalier, il convient de penser avant tout au bien-être de l'animal avant de penser à sa photo pour pouvoir continuer à le photographier dans quelques années. C'est une question de bon sens.



Ø TOURISME DE MASSE

Le Masai Mara, c'est plus de 2 millions de touristes par an et près de 3 000 touristes par jour en haute saison, pendant la période de la grande migration de juillet à octobre. C'est évidemment synonyme de recettes touristiques et de fonds reversés à la gestion de la réserve, ce qui est positif pour l'économie du pays et les communautés. Mais c'est aussi synonyme de dérangement pour la faune.

Sur cette période, il n'est pas rare de voir de 30 à 60 véhicules agglutiné autour d'un animal. En 2020, 3 voyagistes ont été interdits d'entrer dans la réserve après avoir omis de respecter les règles.



Ø ET POUR CEUX QUI N'EN ONT RIEN A FAIRE ?

Ils seront obligés de ravaler leur cynisme et de changer leurs comportements quand de plus en plus de voyageurs seront conscients des bonnes pratiques en safari et intolérants aux comportements de dérangement de la faune.

Comment ? Prenons l'exemple de quelqu'un qui jette un déchet dans une rue propre et entretenue et qui se fait publiquement rabroué par un riverain. Il est à peu près certain qu'il réfléchira à 2 fois avant de recommencer. De la même façon que vous regardez d'un mauvais œil, au zoo, quelqu'un qui tape sur la vitre d'un enclos où un animal est tranquillement en train de dormir.


Tout cela évoluera dans le bon sens si nous pratiquons et diffusons les bonnes façons de faire.



Ø ALORS COMMENT VIVRE UN SAFARI DANS DE BONNES CONDITIONS ?

  1. Faites des recherches sur votre voyage : renseignez-vous au maximum sur la destination.

  2. Choisissez une agence engagée qui vous donnera des conseils avisés et posez-lui toutes les questions que vous voulez.

  3. Respectez et faites respecter les 3 règles de base en safari : l'humilité, le calme et le respect.

  4. Restez à une distance respectueuse des animaux et ne demandez pas à votre guide de s'approcher plus. Restez sur les pistes et suivez les conseils de votre guide.


Le Kenya est le premier pays d'Afrique à avoir interdit la chasse aux trophées en 1977 et un des premiers à avoir interdit l'utilisation des sacs plastiques en 2017.


Depuis longtemps, ce pays est conscient de ses merveilles naturelles et veut les préserver.

Aujourd'hui, c'est à nous, voyageurs, d'en prendre conscience.



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